Les semis et plantations de mars en maraîchage bio-intensif
Résumé
Mars marque le vrai démarrage de saison sur une ferme maraîchère bio-intensive. Entre les premiers semis en serre à plants, le rempotage des solanacées et les premières récoltes sous abri, ce mois concentre une quantité de travail importante. Tour d'horizon des pratiques et des choix techniques qui guident cette période.
Introduction
Le printemps sonne le coup d'envoi d'une nouvelle saison maraîchère. Même si certaines opérations démarrent dès janvier, notamment l'achat et la plantation de plants sous serre, c'est véritablement début mars que les premiers semis sont lancés à la ferme. À partir de là, la serre à plants ne désemplira plus jusqu'à fin septembre. Voici comment on organise et on gère cette période intense.
Les premiers semis de la saison
Le 5 mars, on lance les premiers semis : salade, betterave rouge et jaune, oignon blanc et échalion. Tous sont réalisés avec un Spidmot (en différentes tailles) et un semoir Spidsem adapté, ce qui permet de travailler efficacement et de manière reproductible d'un semis à l'autre.
Les plateaux reposent sur des nappes chauffantes réglées à 18 °C la nuit et 22 °C le jour. Le soir, un filet climatique posé sur des arceaux vient compléter la protection thermique. Cette combinaison crée un environnement stable et favorable à la levée.
La surveillance phytosanitaire dès le départ
Dès l'installation des premiers plateaux, on place des panneaux englués jaunes en prévention de la mouche des semis. Ce parasite pond dans les semis humides ; ses larves, translucides et microscopiques, affaiblissent ou tuent les jeunes plants sans que l'on s'en rende compte immédiatement. Le premier signe à repérer : de petits insectes qui s'envolent quand on passe la main au-dessus des plateaux. À ce stade, il faut réagir vite, car l'infestation peut rapidement devenir problématique dans une serre à plants.
Le rempotage des solanacées
Une particularité de l'organisation ici consiste à acheter les plants de solanacées (aubergines, poivrons, tomates) début mars, en même temps que les plants de cultures froides. Aubergines et poivrons sont rempotés dans du terreau et conservés plusieurs semaines en serre avant d'être mis en place. Leur plantation est prévue aux alentours du 15 avril, le temps que les serres et les sols se réchauffent suffisamment. Ces deux espèces sont très sensibles au froid, et avec des gelées encore annoncées à −1 ou −2 °C, prendre ce risque ne serait pas raisonnable.
Les plants greffés sont rempotés avec soin, en veillant à ne pas enterrer le point de greffe : une précaution essentielle pour ne pas compromettre le travail du greffage.
La plantation des tomates sous serre
Les tomates, moins frileuses que les aubergines et les poivrons, sont plantées directement sous serre dès la mi-mars.
La densité de plantation retenue est de 2,5 têtes au mètre carré, avec des plants espacés de 35 cm. On plante une planche sur deux pour laisser suffisamment de circulation entre les rangs, une nécessité avec des plants greffés palissés en deux têtes.
Au démarrage, il est fréquent de voir des feuilles jaunes ou légèrement abîmées : c'est normal. La plante traverse une phase de stress liée à la reprise. À cette période de l'année, il n'y a encore ni mildiou ni maladies : le froid seul explique cet aspect, qui disparaît rapidement.
Courgettes et concombres primeurs
Les courgettes et concombres sont plantés sous un système de double protection : un tunnel nantais plastique vient s'ajouter au filet. L'arrosage à la plantation est généreux (au moins 20 mm par aspersion pour faire un plein du sol) et le goutte-à-goutte est déjà en place pour intervenir si nécessaire sans démonter les tunnels.
Les courgettes resteront couvertes jusqu'à la floraison, moment où la pollinisation nécessitera d'ouvrir les abris. C'est aussi à ce moment-là que le paillage plastique et les toiles tissées seront mis en place au sol.
Les auxiliaires au cœur du système
Dans toutes les serres, on installe des bandes fleuries associant soucis et alysse maritime. Ces plantes hébergent le macrolophus, un insecte polyphage efficace contre plusieurs ravageurs (aleurodes, tuta absoluta…), et attirent les syrphes, auxiliaires précieux dans la lutte contre les pucerons. C'est une approche systématisée, intégrée dès le démarrage de saison pour maintenir un équilibre biologique sur la durée.
Conclusion
Mars est un mois de tous les fronts en maraîchage bio-intensif : semis, rempotages, plantations, mise en place des protections thermiques et des auxiliaires. Chaque décision (le choix du matériel de semis, la gestion des températures, le calendrier de plantation) s'inscrit dans une logique globale qui vise à prendre de l'avance tout en limitant les risques liés aux aléas climatiques. La saison ne fait que commencer.